Que sont les nanotechnologies ?

Nanotechnologies

Après avoir acquis le contrôle de la matière à l’échelle du millimètre lors de la révolution industrielle et à l’échelle du micromètre lors de la révolution microélectronique, l’être humain en arrive maintenant à contrôler la matière à l’échelle du nanomètre, soit celle des atomes et des molécules. Or, de nombreuses substances, lorsqu’elles sont fragmentées en particules de taille nanométrique, ou lorsque l’on réarrange leurs atomes à l’aide de techniques chimiques et physiques adéquates, présentent des propriétés nouvelles et extraordinaires. Ainsi, l’aluminium, que l’on rencontre sous forme de feuilles ou de lingots stables, devient explosif lorsqu’on le transforme en une poudre dont les grains n’ont que quelques nanomètres de diamètre. L’or, chimiquement inerte à notre échelle, permet de catalyser de nombreuses réactions chimiques et biochimiques lorsqu’il est réduit à l’état de particules nanométriques. En fonction de la manière dont ils sont agencés, les atomes de carbone peuvent engendrer à notre échelle des matériaux solides noirs et mous comme le graphite, cristallins et durs comme le diamant, ou des matériaux aussi solides que l’acier tout en étant légers comme une plume (matériaux à base de nanotubes de carbone).

Telle est l’essence des nanotechnologies : la fabrication de matériaux possédant des propriétés nouvelles aussitôt que leur structure atomique a été réarrangée. Toutefois, l’intérêt des nanotechnologies ne réside pas seulement dans la fabrication de matériaux : les substances nouvelles ainsi obtenues peuvent trouver des applications dans de nombreux domaines : énergie (ex : fabrication de nouveaux types de piles), informatique (ex : mise au point d’ordinateurs beaucoup plus efficaces) mais aussi biomédecine. Dans le domaine biomédical, les nanotechnologies pourraient contribuer à la mise au point de nouveaux outils à la fois diagnostiques et thérapeutiques (ex : agents d’imagerie capables de détruire les tumeurs), de médicaments plus efficaces capables de franchir les barrières naturelles du corps et d’atteindre des endroits jusque-là inaccessibles (ex : médicaments neurologiques capables de franchir sans encombre la barrière hémato-encéphalique), de nouveaux outils en médecine régénérative (ex : substitut d’hémoglobine, implants neuronaux ou encore des particules injectables capables de s’assembler pour former des charpentes microscopiques sur lesquelles une moelle épinière endommagée pourrait repousser), etc.

Les nanotechnologies touchent donc virtuellement à tous les domaines technoscientifiques existants et leur développement laisse envisager nombre d’applications susceptibles de modifier radicalement la société. Mais un tel développement soulève plusieurs questions éthiques et sociales, notamment en ce qui concerne les risques (ex : toxicité des nanoproduits) et les dérives potentielles auxquelles les nanotechnologies peuvent conduire (ex : surveillance de l’état de santé des individus, respect de la vie privée, optimisation des performances humaines, etc.). Les nanotechnologies doivent donc faire l’objet d’une réflexion éthique avant que leurs applications ne se répandent dans la société.

Philippe-Aubert Côté, Omics Ethics Research Group, 2011

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